Mémoires d'un pays
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THE FULLNESS OF TIME: Ukrainian Stories from Alberta
Immigration History
Obstacles

Les premiers immigrants ukrainiens qui arrivent au Canada, comme Alexander Szpak et sa famille, viennent avec l'espoir de laisser derrière eux une vie de misère et de pauvreté. Mais même dans la terre promise qu'est le Canada, les immigrants se heurtent aux difficultés que comporte la vie agricole et trouvent du travail mal rétribué pour nourrir et loger leurs familles.

Les Ukrainiens qui arrivent au Canada ne sont pas, dans l'ensemble, aussi scolarisés que les Canadiens qui viennent de groupes sociaux plus privilégiés. L'analphabétisme, tant dans leur langue maternelle qu'en anglais, est répandu parmi les premiers immigrants paysans. Et les Ukrainiennes sont traditionnellement désavantagées comparativement aux Ukrainiens et aux Canadiennes(5).

Les premiers établissements communautaires ukrainiens et les enclaves urbaines aident les immigrants à s'adapter sur le plan économique et social, mais ne peuvent régler tous les problèmes de dépaysement(6). Pour commencer, les Ukrainiens n'étaient pas connus sous ce nom. La presque totalité d'entre eux venaient de l'Empire d'Autriche regroupant plusieurs nationalités et souvent, ils n'avaient pas vraiment le sens de leur propre identité. Au Canada, on les appelait « Galiciens » ou « Bucoviniens », mais on les appelait plus communément « sales petits Galiciens » ou « bandes de sales voyous »(7).

Par exemple, le 23 décembre 1896 - au début de la pérodes des f'tes- le journal Daily Nor-Wester de Winnipeg déclare que les Slaves du Sud sont probablement l'élément le moins prometteur qu'on puisse choisir pour édifier une nation. Une autre fois, le même journal prétend que

l'intrusion de ces étrangers ignorants sans le sou et sales dans des collectivités évoluées et progressistes cause à ces dernières un tort grave, que ces gens propagent la maladie et des habitudes insalubres, que leurs méthodes agricoles dénuées de sens vont nuire à la réputation des produits de la localité et qu'on ne peut trop répéter que le peuple du Manitoba ne veut pas de colons tels que les Galiciens. Même dans les années 1930, l'év'que anglican de la Saskatchewan parle des Ukrainiens en ces termes : « ces continentaux non privilégiés, sales, ignorants et sentant l'ail »(8).

L'apparence physique des Ukrainiens est probablement ce qui leur cause le plus de tort. Au cours des premières années suivant leur arrivée au Canada, ils portent les habits paysans exotiques de l'Ukraine, c'est-à-dire des manteaux de peau de mouton, des chemises brodées, et les femmes ont la t'te couverte d'un fichu. Dans leur pays natal, la malnutrition et des années de dur labeur au soleil leur avaient donné un teint basané et une peau plissée. Même les enfants semblaient parfois plus vieux qu'ils ne l'étaient(9).

Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, les attitudes discriminatoires de la société canadienne envers les Ukrainiens s'officialisent. Des Canadiens d'origine ukrainienne non naturalisés, ceux qui n'avaient pas acquis la citoyenneté, sont déclarés « étrangers ennemis » par le gouvernement du Canada. Six mille étrangers ennemis « ukrainiens » sont mis en détention. Et, quant aux Ukrainiens naturalisés depuis moins de quinze ans, ils perdent leurs droits. En même temps, plus de 10 000 Ukrainiens s'enrôlent dans les Forces armées. L'immigration ukrainienne cesse pratiquement au cours de cette période(10).

Près d'un siècle plus tard, les Ukrainiens au Canada ont vaincu ces préjugés et ces obstacles. En 1960, il était courant de voir des mariages entre Ukrainiens et Canadiens d'origine anglo-saxonne ou autre, ce qui rend très difficile de distinguer les Canadiens d'origine ukrainienne du reste de la population. Ceux-ci ne forment plus une minorité visible et ils se sont assimilés. Cependant, les facteurs d'assimilation mêmes qui ont permis aux Canadiens d'origine ukrainienne d'être acceptés ont nui à la préservation de la langue, de la religion et de l'héritage culturels ukrainiens. Depuis les années 1960, les Ukrainiens nés au Canada refusent consciemment l'assimilation en cherchant fortement à raviver l'intér't pour leur héritage, avec l'aide des politiques de multiculturalisme du Canada(11).

Notes en fin de text:
5,6,10,11 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

7,8,9 - Ukrainian Canadian, Eh?
par Michael Czuboka(Communigraphics, Winnipeg, 1983).

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