Mémoires d'un pays
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PASSAGE FROM INDIA
Immigration History
Obstacles

Comme beaucoup d'immigrants indiens arrivés au début du vingtième siècle, Bagga Singh entre au Canada par la frontière des États-Unis et se voit contraint de contourner les postes de douanes et les lois sur l'immigration conçues pour écarter les gens comme lui. Sans restriction jusque-là, l'immigration venant d'Asie et par conséquent d'Inde est interdite en 1908.

Après que Mackenzie King, alors ministre du Travail, eut déclaré : « Les Hindous ne peuvent pas s'adapter au climat de notre pays », en 1909, le gouvernement de la Colombie-Britannique refuse le droit de vote aux Indiens qui devraient pourtant en jouir puisqu'ils sont des sujets britanniques comme tous les autres Canadiens(8).

En 1914, l'arrivée d'un navire rempli d'immigrants sikhs représente un défi insurmontable pour la communauté indienne. Venu du Japon, le cargo Komagata Maru transporte à son bord 376 hommes originaires du Penjab, en majeure partie des sikhs désireux d'émigrer au Canada. Toutefois, un décret gouvernemental exige que les ressortissants de l'Inde viennent directement de l'Inde au Canada. Il a de toute évidence été conçu pour écarter les émigrants originaires de l'Inde puisqu'à cette époque, aucun navire n'assurait de liaison directe entre les deux pays. Quand le Komagata Maru arrive à Vancouver, la plupart des passagers sont détenus à bord. Ils attendent ainsi deux mois que les autorités de l'Immigration et les leaders de la communauté indienne du Canada négocient leur statut. Finalement, les immigrants perdent leur cause en cour d'appel et le cargo est contraint de reprendre sa route. C'est une défaite écrasante à la fois pour les passagers et pour la communauté indienne du Canada(9).

À cette époque, la société canadienne fait preuve d'une discrimination marquée à l'égard des personnes originaires de l'Inde qui, privées du droit de vote, ne peuvent plus exercer de professions libérales ni obtenir de contrats du gouvernement ou de bons emplois. Pendant des décennies, pour un travail égal, les Indiens reçoivent un salaire inférieur à celui des Blancs. Pourtant, malgré toutes ces épreuves, le Canada leur offre encore plus de possibilités que l'Inde; le dur labeur leur permet de vivre. Quand le mouvement ouvrier promet l'égalité et de meilleures conditions de travail dans les scieries, les Indiens s'y joignent. Les syndicats revendiquent l'égalité non seulement en milieu de travail, mais aussi à l'extérieur car les Indiens se heurtent aux panneaux « Réservé aux Blancs » à l'entrée des restaurants et des cinémas et on hésite à leur vendre des maisons dans certains secteurs.

Même si on leur permettait d'acheter des maisons, celles-ci resteraient vides la plupart du temps : en effet, comme les familles indiennes sont rarement autorisées à rejoindre les chefs de famille au Canada, les 6 000 personnes qui composent la communauté indienne sont principalement des hommes célibataires. Il faut attendre les années 20 pour que les femmes et les enfants des résidents sikhs autorisés reçoivent enfin le droit d'entrer au pays. À son départ pour le Canada, Bagga Singh avait laissé derrière lui deux toutes petites filles et sa jeune épouse, Harkaur, qui ne pourra rejoindre son mari qu'en 1931(10).

En 1947, quarante-cinq ans après leur arrivée au Canada, les Indiens finissent par recevoir le droit de vote. Peu après, dans les années 50, le Canada lève l'interdiction de l'immigration qui reprend alors(11)..

Notes en fin de texte:

8-10 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

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