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![]() OBSTACLES Entre 1850 et 1914, les immigrants juifs qui voulaient entrer au Canada se heurtaient à très peu d'obstacles. Mais des restrictions plus sévères ont été imposées après la Première Guerre mondiale et durant les années de la Dépression, au moment même où les bouleversements en Europe incitaient de plus en plus de Juifs désemparés à émigrer, surtout en Russie, en Pologne, en Autriche-Hongrie, en Roumanie et dans les pays baltes. Un antisémitisme virulent a poussé bon nombre de Juifs à quitter leur patrie, tandis que parmi ceux qui sont restés, des milliers ont été massacrés ou sont morts, succombant à la maladie ou à la famine (11).
Même avec l'ascension de Hitler et du régime nazi au milieu
des années 1930, il était extr'mement difficile pour les immigrants
juifs de trouver un refuge. Les pays d'accueil traditionnels, dont le Canada,
n'acceptaient pas d'immigrants juifs, les laissant à la merci du
régime de leur patrie (12). Les Juifs internés à Auschwitz
avaient une vision troublante de ce qu'était le Canada. Ils avaient
nommé un des bâtiments « Canada ». C'était
là que l'on mettait la nourriture, les vêtements et autres
biens confisqués, comme les bijoux; il représentait donc le
luxe et le salut. Mais le bâtiment était hors d'atteinte, tout
comme le Canada entre 1933 et 1945 (13).
En 1939, les Juifs canadiens n'ont
pu qu'assister, dans l'impuissance et l'horreur, au périple du Saint-Louis;
transportant plus de 900 réfugiés, le navire longeait
les côtes des États-Unis et de l'Amérique latine, cherchant
un port qui accueillerait sa cargaison humaine. Devant les demandes pressantes
d'asile, William Lyon Mackenzie King, Premier ministre canadien, n'a su
que prétendre que le problème ne relevait pas du Canada. Ainsi,
les Juifs du Saint-Louis ont repris la route de l'Europe, où
bon nombre d'entre eux ont péri. Durant la guerre, de 1939 à
1945, le Canada n'a admis que 500 réfugiés (14).
Les Juifs déjà installés
au Canada étaient la cible de l'antisémitisme et du nativisme
durant la Deuxième Guerre mondiale. La discrimination prenait différentes
formes : par exemple, les Juifs canadiens ne pouvaient s'inscrire à
l'université ou aux écoles de formation professionnelle. Sous
une forme plus subtile, on observait une crainte xénophobe du nombre
croissant de Juifs au pays et une campagne discrète, ou parfois très
ouverte, de dénigrement de leur réputation (15).
Ces façons subtiles d'exprimer
la haine se sont estompées au cours des quarante dernières
années (16). Des mesures législatives, adoptées au
Canada dès la fin des années 1940, pour protéger les
droits de la personne, ont contribué à éliminer cette
forme de racisme. Par ailleurs, l'adoption, en 1971, de la politique fédérale
de multiculturalisme a attiré l'attention du public sur la valeur
et la légitimité du pluralisme culturel ainsi que sur la tolérance
à exercer à l'intérieur de la mosaïque qu'était
devenu le Canada (17).
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